Derrière un contrat d’apprentissage signé, il y a souvent un déclic. Et celui-ci pourrait bien avoir été provoqué par le travail d’Ylana Giner et de Justine Bachmann, chargées de promotion des métiers à l’École de la construction. Rencontre avec ce binôme qui s’attèle à susciter des vocations pour les métiers de la construction.  

Ylana et Justine mènent un travail de l’ombre pour mettre en lumière les métiers de la construction auprès des jeunes en préapprentissage (10 à 14 ans). Elles organisent de nombreuses actions tout au long de l’année : stages pratiques ou en entreprise, ateliers, présence lors des forums, des salons ou des événements, visites dans les écoles ou encore organisation des Portes Ouvertes de l’Ecole de la construction et de concours professionnels, etc. Entretien avec ces « jeunes qui parlent aux jeunes ». 

Le Fédérateur: Justine et Ylana, si vous deviez résumer votre mission en une phrase, que diriez-vous ? 

Justine Je dirai que c’est d’aller à la rencontre des jeunes à travers des actions de promotion, pour leur expliquer les apprentissages à leur disposition dans le domaine de la construction et les possibilités d’évolutions dans les filières. 

Ylana J’ajouterai que ça passe par une présence sur le terrain, mais aussi par un travail de bureau et d’organisation en coulisses. Nous sommes là pour informer et donner envie aux jeunes de rejoindre les métiers de la construction. 

Le monde de la construction reste un univers très masculin. Or, vous êtes deux jeunes femmes à la tête du Service de promotion des métiers. Comment vivez-vous cela et comment vivez-vous cette particularité ?  

Ylana Vis-à-vis des jeunes, je pense que c’est un atout d’être jeunes. Ils ont une certaine facilité, ou en tout cas moins de gênes à venir nous parler et nous poser des questions. Et le fait d’être une femme dans ce milieu, ça casse les codes, c’est plutôt cool. Bien sûr, il y a encore des patrons d’entreprises qui sont parfois surpris de nous voir arriver pour représenter l’Ecole de la construction, ou qui nous font des remarques parce qu’on est des filles, mais avec les années, ça va de mieux en mieux. 

Justine Pareil quand on visite les écoles avec certains coordinateurs AMP (Approche du Monde Professionnel, font le pont entre l’école obligatoire et le monde professionnel, ndlr). Et je sens aussi que pour certaines entreprises, on a moins de crédibilité du fait de na pas être issues du domaine de la construction. C’est pour ça que c’est important d’avoir des apprentis qui nous accompagnent pour parler de leur métier. Leur parole légitime notre action. 

« Pas mal de jeunes qui signent pour un apprentissage sont d’abord passés par l’une action de nos actions de promotion »

Ylana

Selon votre expérience, qu’est-ce qui fonctionne aujourd’hui pour les attirer dans nos métiers et quelles sont leur priorité ?  

Ylana Les jeunes sont très sensibles à leur qualité de vie, aux conditions de travail et aux possibilités d’évolutions professionnelles. Beaucoup nous demandent d’ailleurs comment faire pour devenir entrepreneur. Et ce qui fonctionne, c’est quand on leur montre les évolutions et les innovations technologiques, avec notamment l’utilisation de machines à commande numérique ou la prise de mesures par drone. Ils trouvent ça trop stylé. Ils ne réalisent pas forcément que la construction, c’est aussi de la technologie et de l’innovation. Et puis il faut adapter le discours, parce que juste lister les métiers et dire « prends ta brique et mets ton mortier », ça ne marche plus. 

Justine Je me souviens de cette apprentie vitrière qui a témoigné devant une classe en expliquant qu’elle adorait la pose sur le chantier avec l’aide d’un hélicoptère. Dans la salle, on a entendu des « wouaou ». Les jeunes aiment ce côté extraordinaire. Mais on voit aussi que c’est difficile pour eux de passer d’une salle de classe au chantier, parce qu’il faut être actif, travailler de ses mains et en extérieur. Alors quand on leur explique que la formation de maçons a introduit par exemple 10 semaines de vacances, ça leur parle aussi. Et il y a encore pas mal de clichés à déconstruire. Quand les jeunes sont en groupe, ils caricaturent les métiers et sont dans les clichés ; mais dès qu’on parle individuellement avec eux, qu’on leur évoque les salaires des contremaîtres ou les possibilités d’évolution, on sent leur intérêt. Il faut les mettre au centre, leur montrer comment ils peuvent évoluer professionnellement et personnellement. 

Et qu’ont-ils de plus ou de différent par rapport à la génération précédente ? 

Ylana Avec les réseaux sociaux et l’information accessible partout et en tout temps, je les trouve plus intéressés et plus informés. 

Justine Moi je les trouve un peu plus révolutionnaires : ils pointent les incohérences, donnent leur avis et veulent faire bouger les codes quand ça ne leur convient pas. En se positionnant ainsi, je pense qu’ils font évoluer les métiers dans le bon sens. 

Ylana Et n’oublions pas que ce sont eux les futurs chefs d’entreprise. Comme ils ont cet état d’esprit aujourd’hui, j’imagine que les clichés sur les métiers de la construction, tout comme l’ambiance parfois un peu lourde sur un chantier, vont aussi évoluer. 

Justine Sans doute que les jeunes auraient un plus grand intérêt pour nos métiers si ceux-ci véhiculaient une meilleure image. La mentalité dans la construction reste encore pleine de stéréotypes. 

L’avis des parents est également important lorsqu’un jeune doit choisir un métier. Quel regard à ce public sur les métiers de la construction et comment les sensibilisez-vous ? 

Justine Là encore, les clichés ont la peau dure : un jour, une maman m’a dit qu’elle ne voulait pas que son fils soit maçon, parce que les ouvriers sur les chantiers buvaient trop d’alcool et qu’il n’y avait aucune possibilité d’évolution. Quand je lui ai montré que son fils pouvait passer des brevets et devenir ingénieur, contremaître ou entrepreneur, elle n’en revenait pas. 

Ylana C’est difficile d’être en lien direct avec les parents pour les informer. Mais nous organisons des ateliers et des séances d’informations dans quasiment tous les établissements scolaires du canton de Vaud et si notre discours vise les jeunes, il est aussi entendu par le corps enseignant, les doyens, les référents AMP et les conseillers en orientation. Ainsi, on compte aussi sur eux pour relayer l’information auprès des parents. 

Vous collaborez aussi avec les entreprises formatrices membres de la FVE. Quel lien entretenez-vous avec elles et que leur apportez-vous ?  

Ylana C’est un échange : nous sommes là pour répondre à leurs questions et collaborons avec celles qui souhaitent participer aux actions de promotion. De leur côté, elles soutiennent nos efforts de promotion en libérant des apprentis qui viennent parler de leurs métiers lors des événements ou les visites d’écoles. Lorsque le lien de confiance est créé, on s’apporte beaucoup mutuellement.   

Justine Nous sommes à leur service, puisque toutes nos actions visent à amener des jeunes dans les métiers de la construction. Et ça concerne donc aussi les entreprises qui ne sont pas formatrices. Pourtant, je sens parfois que ça les embête de nous mettre à disposition un apprenti quand on le sollicite pour représenter le métier lors d’un salon ou d’une visite d’école. J’aimerai pourtant qu’ils comprennent qu’on n’est pas là pour leur piquer leurs jeunes, mais qu’on est là pour les aider et que leurs retours à la suite d’une action est précieuse pour nous, puisqu’on vise des démarches utiles et qualitatives. Pour la suite, on aimerait vraiment renforcer le lien avec les entreprises.  

Ylana C’est même notre fierté d’amener des jeunes dans leurs métiers, même si les entreprises ne réalisent pas toujours à quel point on se démène pour cela. Quand on leur demande de mettre à disposition un de leurs apprentis lors d’un événement, c’est qu’il y a une réelle une plus-value. De plus, on met non seulement en avant le métier, mais aussi l’entreprise formatrice qui participe. 

Que répondez-vous aux entreprises qui pensent que la promotion est uniquement votre responsabilité et non la leur ? 

Justine Je leur dirai que s’il n’y a pas de promotion, à termes il n’y a plus de relève, plus personne pour faire les métiers de la construction. On le voit quand on parle des métiers de la construction dans les écoles, les jeunes ne connaissent que les trois ou quatre principaux sur la quinzaine qu’on propose à l’Ecole de la construction. 

Ylana On met vraiment notre pierre à l’édifice. Et c’est vrai que les métiesr moins connus en souffriraient beaucoup. On le voit dans nos statistiques : pas mal de jeunes qui signent pour un apprentissage sont d’abord passés par une action mise en place par le Service de promotion. 

Au-delà des aspects pratiques ou de votre mission institutionnelle, qu’est-ce qui vous anime dans vos fonctions respectives ?  

Ylana J’adore monter des projets et transmettre l’information, surtout dans ce secteur de la formation où nos actions aident vraiment les jeunes et les métiers. C’est très gratifiant de se sentir utile. Et puis j’apprécie la grande liberté de proposition que l’on a, c’est très créatif. 

Justine  Je la rejoins, c’est un métier qui a du sens. Quand j’étais plus jeune, j’aurai bien voulu qu’on vienne me présenter les possibilités de formations professionnelles. J’étais en voie pré-gymnasiale et on nous parlait du gymnase, mais pas des apprentissages ou des possibilités de faire des stages et c’est dommage. Qui sait, j’aurai peut-être choisi un autre métier ? 

Le Service de promotion c’est…  

  • 6000+ élèves sensibilisés grâce à plus de 53 visites d’écoles effectuées directement dans les établissements scolaires (CO et post-obligatoire) 
  • 136 stagiaires accueillis lors des stages de découverte organisés entre février et mai, permettant une immersion concrète en atelier 
  • 200 candidats accompagnés via les sessions de tests d’aptitudes pour valider leur projet professionnel 
  • 600 visiteurs réunis en une seule journée lors des portes ouvertes de l’Ecole de la construction en mars 2026
  • Une présence soutenue sur 4 grands événements majeurs (Salon MINT, Salon des métiers, Pass’métiers, forums régionaux) 

Ylana et Justine façon questionnaire de Proust 

Ylana et Justine en une question/une réponse : 

Votre plus grande qualité ? 

Ylana Ma faculté d’adaptation. 

Justine Mon côté structuré et carré. 

La plus grande qualité de votre voisine ? 

Ylana  Elle est méticuleuse et observatrice. 

Justine Sa facilité de communication, elle peut dire ce qu’elle veut, ça passe. 

Si vous étiez un métier de la construction ? 

Ylana Peintre, pour le côté artistique. 

Justine Aucun, parce que je ne suis pas du tout manuel et je flipperai trop avec les machines de chantier. 

Quel est le conseil que vous donneriez à la « vous » de 15 ans, au moment de choisir son orientation ? 

Ylana Ose et fais-toi confiance ! 

Justine Renseigne-toi, informe-toi et fais des stages !  

Un métier que vous auriez voulu faire ? 

Ylana Educatrice sociale. 

Justine Fleuriste. 

Quelle est la chose la plus inutile, mais indispensable, que vous avez sur votre bureau ? 

Ylana Des photos des gens que j’aime. 

Justine  Mes plantes. 

Si vous pouviez avoir un super-pouvoir pour une journée au Service de promotion de l’EDC, lequel choisiriez-vous pour faciliter votre travail ?  

Ylana  Avoir un clone, pour tout faire plus rapidement. 

Justine  Avoir la capacité de faire réaliser aux gens tout le boulot qu’on fait. 

Quel est votre talent caché ? 

Ylana J’aime cultiver mon côté « good vibes » et j’adore me marrer. 

Justine J’ai la main verte et je m’émerveille facilement devant les petites choses. 

Si vous pouviez changer quelque chose dans le système de formation scolaire actuel, que feriez-vous ? 

Ylana Je ferai en sorte que l’école obligatoire se termine à 18 ans et non pas à 15, pour permettre de choisir sa voie un peu plus tard, ce qui serait aussi bénéfique pour les entreprises qui accueilleraient des jeunes plus matures et plus ancrés. 

Justine J’ouvrirai une école des métiers de la construction où les jeunes peuvent faire leur formation à plein temps avant de suivre des stages en entreprise, histoire d’atténuer le grand saut qu’il y a entre l’école et les chantiers. 

Quel est le « mythe » sur les métiers de la construction que vous aimeriez voir disparaître ? 

Ylana  Qu’il n’y a pas de possibilités d’avenir. 

Justine Que c’est que pour les garçons.  

La promotion des métiers de la construction et l’École de la construction forment un duo indissociable, deux facettes d’une même mission : assurer l’avenir du bâtiment en Suisse.  

Le Service de promotion des métiers de la construction joue un rôle proactif de « chasseur de talents » et de médiateur entre le monde professionnel et les futurs apprentis. Sa mission est de déconstruire les préjugés parfois tenaces sur le bâtiment (pénibilité, manque de technologie) pour révéler un secteur innovant, digitalisé et porteur de sens. Pour ce faire, il ne se contente pas de communiquer ; il va à la rencontre du public cible là où il se trouve. 

 

Sans cette vitrine dynamique mettant en valeur la richesse et la diversité des professions du secteur, l’École de la construction se trouverait face à un défi majeur : celui de former des apprentis qui n’auraient jamais entendu parler de ces opportunités. En effet, sans un travail et un engagement pour faire connaître les possibilités d’évolution dans les métiers de la maçonnerie, du bois, du verre ou du métal auprès des jeunes, les portes des salles de classe resteraient closes.  

Chaque action du Service de promotion vise un seul but : créer l’étincelle qui poussera un jeune à rejoindre l’Ecole de la construction. 

Plus d’informations : Promotion des métiers – Fédération vaudoise des entrepreneurs

  • Septembre 2026 : Reprise des séances d’information. Destinées aux jeunes et à leurs parents, ces rencontres présentent les filières et débouchés, avec une édition spéciale dédiée à la maçonnerie à Echallens. 
  • Octobre 2026 : Retour des ateliers « Petits bâtisseurs »pour les plus jeunes, et poursuite du « Programme Ouverture » favorisant l’intégration professionnelle de publics migrants via des stages en entreprise. 
  • Novembre 2026 : Participation au grand Salon des métiers(Beaulieu, Lausanne). Un temps fort pour échanger directement avec des professionnels et des apprentis lors de démonstrations interactives. 
  • Février 2027 : Salon Mint EPFL, pour susciter l’intérêt des jeunes de 8 à 12 ans. L’Ecole de la construction y présente différents métiers du secteurs à travers des ateliers pratiques et des activités interactives. 
  • Mars 2027 : Organisation des séances Info Métiers, en collaboration avec l’OCOSP. Des séances pour découvrir en détail les métiers de la construction, à destination des jeunes domiciliés dans le canton de Vaud dès la 10e année de la scolarité obligatoire. 
  • Tout au long de l’année : stages de découverte, visites dans les écoles et forums, pour aller à la rencontre des élèves là où ils se trouvent. 

 

Actions de promotion – École de la construction